Tu n’es pas Mad, sors de ma Pride.

mad

 

Finalement les qualificatifs lissés ne m’intéressent plus et encore moins les débats qu’ils engendrent, même si j’en comprend toute la nécessité pour beaucoup. Neuroatypique, psychoatypique, neurodivergents, malade mentale, handicapée psychique, personne [insérer trouble],  patients, usagères, psytoyens…

N’oublions pas non plus ceux à cause desquels ils ont été crées : les autres barjos, dingos, tarés, cinglés, qui font le beurre d’un certain divertissement. Enfin, les synonymes de forcenés, chéris des médias.

Je reviens à ce que j’ai toujours pensé : je suis folle, parce que ma folie est politique, parce que c’est l’insulte qu’on me balance quand je suis une femme libre. Parce que je m’identifie plus à une sorcière qu’à une définition figée dans les grimoires poussiéreux de vieux gâteux qui allèguent tu ne guérira jamais.

Pour faire sortir de moi l’hôpital.

« Le sentiment d’appartenance est une conviction intime qui va de soi ; l’imposer à quelqu’un, c’est nier son aptitude à se définir librement. » Fatou Diome

 

Les familles de fous ne sont pas folles. En général. Les psys ne sont pas fous. Pas toujours. Ceulles qui ont la chance de ne pas devoir porter ces mots ne peuvent occuper la place qui nous reviens pour s’en émanciper.

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Pourquoi le trouble borderline est abandonné

On parle peu du trouble borderline parce que :

– on n’en guérit pas par les médicaments
– son origine pouvant être une famille maltraitante, il n’y a pas d’assos de familles de personnes borderlines
– c’est un trouble majoritairement diagnostiqué chez les femmes.

Les médecins ne sont pas spécifiquement formés à traiter ce trouble dans les hôpitaux, ce qui conduit à des maltraitances.

Le trouble borderline est complexe ; née souvent de traumatismes, la prévention de ce trouble consisterait a traiter sérieusement des problèmes de société comme le harcèlement scolaire, la maltraitance familiale, les violences sexuelles, en clair à agir en faveur des plus fragilisés, voir remettre en cause les bases mêmes de la société fondées sur un rapport dominant/dominé.

Comme on ne peut pas se contenter de dire « c’est un problème neurologique, prenez vos médicaments et ayez une bonne hygiène de vie », la prévention, la santé et le soin des personnes borderlines passent a la trappe.

C’est un trouble sous diagnostiqué chez les hommes, majoritairement chez les femmes.  Dans une société sexiste la santé des femmes est négligée, tout comme pour le trouble dysphorique prémenstruel. Par ailleurs des comportements comme l’expression de la colère vont être vus comme normaux chez les hommes et pathologiques chez les femmes.

L’invalidation des émotions dans l’enfance conduit à un trouble de l’émotion chez la personne borderline. Quand on voit qu’il est parfaitement normal de réprimer un enfant qui pleure, ou de lui donner une fessée pour qu’il change de comportement, il ne faut pas s’étonner de produire des adultes ayant les plus grandes difficultés à gérer leurs émotions. Le trouble borderline nait donc de la psychophobie d’une société qui n’accepte pas les sentiments négatifs. Ne pas s’étonner non plus de produire des adultes en colère alors qu’on vit dans un monde parfaitement injuste et qu’on nous demande de l’accepter comme si de rien n’était. Le trouble borderline est un produit de cette société.

Pour que les personnes borderlines guérissent de la violence de la société et apportent leur hypersensibilité au monde, encore faut-il arrêter de les faire mourir dans les hôpitaux et ailleurs, et engager une politique de santé publique à un niveau national (donc en psychiatrie de secteur) qui ne soit pas réservée à un public privilégié ou à des exceptions régionales.

 

La psychiatrie est une zone de non droit

J’ai été viré, une seconde fois. On m’a jeté hors de l’hôpital alors que je suis suicidaire. Officiellement, parce que mon hospitalisation de nuit coûte trop cher au service (mieux vaut crever dehors). En réalité, c’est aussi parce que j’ai été trop rebelle (comprendre : j’exigeais d’être respecté, et de pouvoir garder mon esprit critique).

Je compte écrire au procureur mais je ne me fais aucune espèce d’illusion. Je lui écrirais pour que quelqu’une sache, et c’est aussi pourquoi j’écris ici. Que vous sachiez ce que nous vivons. Je pourrais faire un recours interne, mais ceulles qui représentent les usagères n’en sont pas. C’est l’Unafam qui nous représente : autant pisser dans un violon. La première fois qu’on m’a mise dehors, une policière a refusé ma plainte parce que, selon elle, la dépression majeure n’est pas une maladie induisant un risque de mort imminente. Mes tentatives de suicide se comptent par dizaines.

La psychiatrie est une zone de non droit. En entrant en psychiatrie, vous êtes souvent considéré au mieux comme un enfant, parfois comme un objet, au pire comme un animal. Voici les droits que touste citoyen peut perdre en psychiatrie (liste non exhaustive / change considérablement selon les cas individuels et les lieux) :

  • utiliser son téléphone pour contacter ses proches
  • porter les vêtements de son choix
  • écouter de la musique
  • refuser un traitement
  • prendre un traitement contre la douleur
  • être libre de ses mouvements (non attaché)
  • sortir dehors
  • rentrer chez soi
  • avoir accès aux toilettes
  • sortir de sa chambre
  • sortir de chambre d’isolement
  • être traité comme un adulte d’égal à égal
  • argumenter, avoir sa propre opinion, dire ce que l’on pense
  • être en colère
  • être triste (sans prendre de médicament contre ça)
  • être trop joyeux (et avoir besoin de rester)
  • manger ce que l’on veut
  • suivre un régime alimentaire végétalien
  • manger une nourriture qui ne ressemble pas à de la pâté pour animaux
  • exprimer sa détresse (« c’est du chantage au suicide »)
  • être réellement écouté
  • créer une solidarité entre patientes
  • développer une relation amoureuse avec un autre patient
  • encore pire, une relation homosexuelle
  • baiser, faire l’amour
  • voir ses proches
  • recevoir des visites
  • posséder une intimité
  • ne pas se faire voler ses affaires
  • vivre dans des locaux propres
  • voir une médecin de garde les week-end
  • avoir une chambre seule
  • ne pas se faire agresser par d’autres patientes
  • ne pas se faire agresser par les soignants

 

Debout devant le bureau des infirmiers, où iels passent plus de temps à boire des cafés qu’à se préoccuper de savoir comment nous allons, après une heure trente d’attente inutile pour confirmer que je pouvais dégager, je lisais la charte des patientes hospitalisés.

charte-personne-hospitalisee

Points par points :

¤ En psychiatrie, on ne peut pas choisir son établissement dans le public. Par absence de formations spécifiques, les soins en HP ne sont pas adaptées à bon nombre de personnes handicapées psychiques. Les soignants non formés ne savent tout simplement pas comment agir et font des erreurs parfois graves. Et je ne vous parle pas de la situation scandaleuse des autistes hospitalisées.

¤ La qualité des traitements, c’est subir une pression morale si on les refuse et pouvoir subir des effets secondaires importants si on les accepte. La qualité des soins, c’est avoir entendu « elle cherche de l’attention » alors que je me tapais la tête contre le mur depuis dix minutes.

¤ L’information n’est pas donné. Lors de cette précédente hospitalisation, des brochures Psycom étaient vaguement posées dans un coin : une chance. Je les ai distribué à mes amies qui  voulaient sortir et cherchaient comment faire, car illes n’avaient rien à faire là. Malgré tout, c’était une information lapidaire et par l’absence d’un réseau d’entraide généralisé, illes sont toujours là-bas à déprimer et à attendre. Quand à la personne de confiance, au service d’urgence, l’amie qui m’épaulait a dû gravement insister pour être désigné comme telle, une initiative mal perçu par l’équipe soignante (iels passent beaucoup de temps à parler de nous à la troisième personne en croyant qu’on ne comprend pas ce qu’illes disent). On lui avait dit qu’elle ne pouvait pas être une personne de confiance parce qu’iels n’avaient pas de formulaire. Alors elle a pris une feuille blanche, a écrit dessus et ça a marché comme par magie. Cette amie est militante contre la psychophobie envers les autistes. Je vous laisse imaginer le désarroi des proches qui ne sont pas militantes et n’y connaissent rien.

¤ Le droit de refuser le traitement est balayé. Je n’évoque même pas les contentions encore en vigueur et à propos desquelles on me rétorquera sûrement, tout comme plusieurs points ci-dessus, qu’il s’agit de sécurité. Je n’entrerai pas dans ce débat. Attachez vous vous-même pour voir ce que ça fait.

¤ En terme de recherche, il m’a été donné l’occasion d’y participer. J’étais tout à fait consentante ; ce qui m’a frappé, c’est la manière dont j’y ai été dirigé : automatiquement, sans explications, sans informations. Toustes les nouveaulles patients, ceulles disponible, y étaient envoyés, comme ça, pour la bonne cause.

¤ Pouvoir quitter, comme ça, l’établissement… belle utopie.

¤ Traitée avec égard… dans un autre monde, peut-être, où nous n’aurions pas de troubles mentaux.

¤ Nous n’avons pas de vie privé. Quand à la confidentialité, illes parlent de nous, illes en parlent entre eulles, derrière les portes de nos chambres juste avant d’entrer, iels ne cherchent pas la discrétion, nous sommes bêtes, nous ne comprenons certainement pas.

¤ Nous n’avons pas le droit d’avoir notre dossier médical : tout est fait pour rendre cette demande difficile, longue et hasardeuse. Il est aussi courant que l’on donne des médicaments sans dire leur noms, leurs effets et leurs posologies.

¤ Le plus souvent les personnes en HDT passent devant lea juge, qui se range à l’avis dua médecin puisqu’iels n’y connaissent naturellement rien, et rentrent ainsi docilement à la prison d’où illes espéraient sortir. Ce simulacre est appelé « droit des patients ».

 

Toutes ces anecdotes ne sont pas mes folies individuelles d’une emmerdeuse qui interpréterait mal les choses (selon eulles). Ce sont les rouages d’un système visé à exercer sur nous une domination. Demandez aux gens hospitalisés en HP. Les récits différent, une même base reste. Chacun a son histoire qui fait de nous des survivantes. Ces histoires, j’en ai entendues des centaines. J’ai été témoins de choses affreuses, de choses qui me hantent. Je ne relate ici qu’un dixième de ce que j’ai pu vivre en huit ans. La psychiatrie doit cesser d’être une zone de non droit. Lea soignant ne doit plus être un supérieure mis sur un piédestal, pouvant exercer son pouvoir. Même les meilleurs, les mieux intentionnés d’entre eulles, sont pourris par une justification idéologique d’une main mise sur nos vies.

La Mad Pride a rédigé une charte, elle aussi. C’est bien, c’est beau. Des politiques, des personnalités, des citoyennes ont signés. Et puis, rien n’a changé, tout a continué comme avant. Comme ça, de rares politiques pourront toujours rétorquer qu’illes s’en préoccupent. Mais globalement, tout le monde s’en fout.

Aucune charte n’empêchera jamais une équipe soignante de me proposer de l’aide en crise d’angoisse avant de m’annoncer deux heures plus tard qu’illes ne m’aideront pas finalement, parce que ça ne m’aiderait pas d’être trop aidé, comme cela m’est arrivé il y a quelques jours.

Ça ne les empêchera pas de se défouler agressivement sur nous avant de rétorquer qu’on est parano, qu’on interprète mal, qu’on fait du chantage, qu’on est immature. Ca ne les empêchera pas de détruire notre estime de nous,  notre santé mentale, et de tenter de nous rendre complètement dépendant à eulles.

La Mad Pride est dans sept mois. Trois personnes liront peut-être cet article. Si je me suicide d’ici là, vous saurez qui en est responsable. Dans le cas contraire, créons notre propre Mad Pride pour leur dire que nous sommes toujours vivant. Ce ne sont ni les parents, ni les proches, ni les professionnels du médico-social, ni les professionnels de la politique, qui ne nous seront d’aucun secours. Illes nous prennent toujours pour des imbéciles. Créons un Mad bloc. Autonomisons nous. Il n’y a rien à attendre d’eulles. Ce sont eulles qui colorient nos chaînes. On veut pas dessiner de mandala, on veut toucher l’AAH. On ne veut pas se contenter d’élargir les barreaux : plutôt la vie.