J’ai rigolé et souris. J’étais pas consentante.

Content Warning : agression sexuelle

 

Nous y voilà.

Trois jours après avoir lancé une pétition contre la dernière vidéo de Rémi Gaillard, où il se fait filmer en train d’approcher des filles dans leur sommeil pour les agresser (malsain ? ils appellent ça de l’humour), nous avons droit à une drôle de justification.

Sans titre

S’ensuit un extrait vidéo (l’occasion de nouvelles vues, on commence à comprendre le procédé) d’une agression moins coupé au montage où la victime se tourne vers lui et lui fait un bisou sur la joue.

Cet extrait, ainsi que le chiffre, sont censés justifier de la démarche d’aller chercher des femmes, les observer, les repérer, les trier, les choisir, réfléchir à la manière de les approcher, commencer à le faire sans avoir la moindre idée de l’état de la personne et si elle en a envie, le tout en filmant le résultat.

Expérience glauque qui grince sous vos rires.

La réaction de cette femme est censé nous prouver qu’après tout, ce n’est pas grave.

Rémi, tu te trompe.

Lors de ma première agression sexuelle – par un pédophile -, j’étais pétrifiée. La police m’a dissuadé de porter plainte. Lors de ma seconde agression sexuelle, j’étais pétrifiée. Lors de ma troisième agression sexuelle, j’étais pétrifiée. C’était dans l’espace publique et personne ne réagissait. Aussi à ma quatrième agression sexuelle – toujours par surprise – des années plus tard, j’ai rigolé. On me demandait depuis toujours de sourire, d’abord en tant que femme, ensuite en tant que dépressive, alors j’ai fait ce qu’on m’avait appris : j’ai souris. J’ai même joué le jeu. J’ai mimé la fille légère, décontracté, agréable, lutine, à l’aise, alors que mon cœur battait la chamade et qu’il aurait fallu sortir les poings. C’était pas mon mode de survie. Le conditionnement avait fait son œuvre. Ne pas déplaire, ne pas hausser la voix, ne rien dévoiler et rester consensuelle même une main au cul sourire jusqu’à se trahir. Se trahir pour survivre.

Je n’ai pas l’ambition de penser à la place de la personne agressée sur la façon dont elle a pu le vivre. (Oui, car une agression est une agression. Si tu te prends un pain dans la gueule ça reste une agression quelque soit ta réaction). J’imagine surtout les dégâts que peuvent avoir ce genre d’arguments. Ceulles qui se disent qu’iels ont dû envoyer les mauvais signaux.

Ceulles qui se disent que leur réaction n’était pas conforme à la réaction normale d’une victime.

J’ai fais une vidéo pour dénoncer la violence du procédé. On y voit dedans une vision de la réaction idéale.

Pourtant, je sais que beaucoup n’ont pas les outils ou les moyens de se défendre efficacement. Je ne parle même pas physiquement. Mais psychiquement. Pour pouvoir se défendre physiquement il faut être armé mentalement. A toutes ces personnes je vous dis : vous n’êtes pas seules. Ça ne devrait pas être à nous de changer. Mais c’est quelque chose de possible. Et cela n’autorise en aucun cas des agresseurs à vous rabaisser. A se dédouaner. L’agresseur est le seul coupable.

Car c’est ce que Rémi Gaillard tente de faire : se dédouaner en faisant croire par un tour de passe passe qu’il n’y a qu’un seul type de victime, comme si on ne pouvait pas être victime sans le savoir, comme si la vision type de la victime idéale était la seule valable. Personne ne veut être une victime. On veut y échapper.

J’ai souris quand il aurait fallu frapper ; et toi Rémi quand il aurait fallu t’abstenir, qu’as-tu fais ? L’arme, c’était toi.

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5 réflexions au sujet de « J’ai rigolé et souris. J’étais pas consentante. »

  1. Mieux vaut inciter les filles victimes à porter plainte plutôt que de faire de Rémi Gaillard le porte-étendard des violences faites aux femmes.

    C’est trop facile comme porte-voix pour se faire entendre.
    Mais ce n’est surtout pas le meilleur choix comme exemple à pointer du doigt, car le public de cet homme est je-m’en-fous-tiste…

    Alors à part le maigre nombre de femmes violentées ou sujettes à se sentir concernées par le sujet (sachant que l’empathie n’est pas leur fort hein), vous n’allez pas avoir grand écho.

    Votre message est très important, choisissez mieux vos vecteurs d’information, cela sauvera bien des gentes et des moins.

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    1. Maigre nombre de femmes violentées ?

      Pardon ?

      Quand je regarde autour de moi (moi y compris, pour le coup), je constate que, de toutes les personnes de genre féminin avec qui j’ai discuté, aucune (vraiment aucune…) n’a échappé aux violences sexuelles, allant du harcèlement sexuel au viol, en passant par les attouchements.

      Aucune.

      Ensuite… J’sais pas… Rémi Gaillard banalise complètement le fait de peloter / embrasser une femme dans la rue, à l’improviste, sans son accord.
      C’est « un jeu ».

      Alors oui, c’est un « je-m’en-foutiste », on est bien d’accord (en particulier quand il s’agit de se foutre du consentement…). Mais est-ce que c’est supposé être une excuse ?

      Et le fait qu’il diffuse à large échelle ses vidéos, qui présentent ça comme étant un truc fun… C’est le meilleur moyen pour donner le message à plein de petits Rémi Gaillard en herbe que c’est open bar, qu’on peut allègrement peloter les femmes dans la rue sans leur accord, que c’est pas un problème…

      Alors oui, ce mec délivre un message dangereux. Et qui mérite VRAIMENT d’être dénoncé…

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